Sur les rives du lac Walden avec Henry David Thoreau

Sur les rives du lac Walden avec Henry David Thoreau

« Je suis parti vivre dans les bois parce que je voulais vivre en toute intentionnalité… »

Les éditions Gallmeister proposent une nouvelle traduction du grand classique « Walden ou la vie dans les bois » de Henry David Thoreau. Connaissez-vous Thoreau ? Pour ceux qui l’ignorent, il a rédigé en 1849, un ouvrage essentiel qui marquera le XXème siècle en inspirant Gandhi pendant son séjour en prison, mais aussi Nelson Mandela et Martin Luther King. Il s’agit de « La Désobéissance civile ».

En 1844,Henry David Thoreau a 27 ans et il achète un bout de terrain sur les rives du lac Walden dans le Massachusetts. Il commence à y construire une cabane dans laquelle il emménage en juillet 1845. Il y vivra 2 ans, cultivant les haricots mais surtout en s’adonnant à la contemplation du lac et de la nature environnante. « Walden » est un livre sur le détachement. Le détachement vis-à-vis des lois et des moeurs de la Société, mais également de la vie matérielle.

« Nous ne faisons qu’accumuler erreur après erreur, réparation après réparation, et notre vertu la plus noble ne trouve à s’exprimer que depuis un état de misère inutile et inévitable. Notre vie s’effrite et disparaît sous le coup des détails. Un homme honnête n’a guère besoin de compter plus en avant que ses dix doigts ; dans les situations d’urgence extrêmes, il pourrait compter ses dix orteils – et prendre le reste au prix de gros. Simplicité, simplicité, simplicité ! Je dis : faites en sorte que vos affaires tiennent en deçà du chiffre de deux ou trois, jamais cent, jamais mille. »

La cabane de Henry David Thoreau sur les rives du lac Walden.

Walden, c’est le journal intime d’un déconditionnement, Thoreau y raconte la vie dans la cabane par le menu et dans les moindres détails. Depuis le combat entre une fourmi rouge et une fourmi noire qu’il a eu l’occasion d’observer un après-midi entier, jusqu’au rendement (bien maigre) de son champ de haricots (et les journées passées à le sarcler). (Impossible de ne pas penser qu’il aurait adoré la permaculture !) Il n’a que peu de possessions : trois chaises, une table, un lit et sa cabane qu’il équipe finalement d’une cheminée pour l’hiver, mais sa liberté est immense et sans limites. Il n’a pas vécu isolé, il continuait de se rendre à pied à Concord pour y voir ses amis, qu’il recevait également. Mais chaque soir, il rentrait par les bois, retrouvait sa cabane et son lac.

« La compagnie est trop souvent bon marché. Nous nous voyons à intervalles très courts, sans avoir eu le temps d’acquérir la moindre valeur nouvelle l’un pour l’autre. (…) Songez à ces jeunes femmes qui travaillent à l’usine et ne sont pour ainsi dire jamais seules, y compris dans leurs rêves. Le monde se porterait mieux s’il n’était pas peuplé de plus d’un habitant par mile carré, comme là où je vis. La valeur des hommes n’est pas contenue dans leur peau : il n’est donc nul besoin d’être en contact physique les uns avec les autres. »

« Walden » la nouvelle traduction aux éditions Gallmeister

Tout le monde, et notamment ceux dont le coeur sait battre au rythme de leur jardin, devrait lire ce monument qu’est « Walden ». Le livre une ode à la nature, mais présente également l’humanisme le plus pur, et un appel vibrant à la simplicité. Qui a besoin de tout ? Qui est heureux de tout avoir ? Le dénuement volontaire de Thoreau l’enivre davantage qu’un excellent vin, et ce message est terriblement contemporain.

Il est étonnant de constater que déjà au XIXème en Amérique, les questionnements actuels sur la société de consommation, le progrès technique, l’écologie ou l’éducation étaient finalement les mêmes qu’aujourd’hui. C’est un livre fascinant, merveilleusement bien écrit (et traduit) qui m’a rappelé la passion que j’avais plus jeune pour le XIXème siècle. La conclusion du livre n’est d’ailleurs pas sans rappeler le Bateau Ivre de Rimbaud.

Après deux années, Thoreau quitte sa cabane (il n’en parle pas dans le livre) et se fait rattraper… Par les impôts. Il a refusé de les payer, car il refuse de cautionner l’esclavage et la guerre du Mexique. Il sera mis en prison une journée pour cela, avant que sa tante ne vienne régler l’arriéré malgré l’opposition stricte de son neveu. C’est le premier acte de « désobéissance civile ».

Je vous invite donc vivement à découvrir ce livre et à venir en parler dans les commentaires 🙂

2 commentaires


  1. Decouvert par hasard ( le titre Walden…ou la vie dans les bois »! il y a 15/ ans…étonnée que peu le connaissent, et Why H. Arendt n’en a guère parlé ://Eichman:désobéissance civile :connait pas. Et pourtant elle etait philosophe et en Amérique ? ( j’ai trouvé récemment qu’elle y avait fait allusion…je recherche). En tout cas pas enseigné en classe de terminale philo…Why? Un sommet ds ma vie.

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