Le blob : une cellule géante qui se déplace et apprend, c’est le physarum polycephalum !

Le blob : une cellule géante qui se déplace et apprend, c’est le physarum polycephalum !

Connaissez-vous le blob ? Si ce n’est pas le cas, lisez absolument cet article. Le blob, de son vrai nom « physarum polycephalum » n’est ni une plante, ni un champignon, ni un animal. C’est un organisme composé d’une seule cellule  a l’apparence d’une matière visqueuse tirant sur le jaunâtre. Il est donc dénué de bouche, de membres, d’estomac, évidemment de cerveau, et peut avoir 720 sexes différents. Pourtant, les recherches effectuées sur le blob prouvent qu’il peut voir, manger, résoudre des problèmes et apprendre ! Le blob est passionnant. A ce stade, je pense qu’une photo s’impose. Voici : le blob.

Le blob ou plutôt le physarum polycephalum. Photo (CC) : Toshiyuki IMAI / Flickr

Pas très ragoutant, n’est-ce pas ? Le blob est présent partout sur la planète, son cousin le Fuligo Septica est surnommé « vomi de chien » par les Anglais et « caca de luna » (« caca de Lune ») par les habitants de Veracruz. Audrey Dussutour, auteur du livre « Tout ce que que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans jamais le demander » et chercheuse au CNRS ne s’est pas laissée dégoûter pour autant ! Elle est tombée dans le blob a l’issue de sa thèse et lui a consacré de nombreuses recherches. J’ai adoré ce livre, et du coup, je vais essayer de vous donner envie de vous lancer dans sa lecture.

Les prouesses du physarum polycephalum (dit « blob »)

Le blob possède un nombre étonnant de compétences… Surtout lorsqu’on sait qu’il s’agit d’un organisme unicellulaire. Par exemple, le blob peut se déplacer alors qu’il ne possède aucun membre. Lorsqu’il a faim – ce qui peut arriver fréquemment puisqu’il faut le nourrir deux fois par jour – il peut parcourir 4 cms en une heure. Un week-end, Audrey Dussutour avait laissé ses blobs au laboratoire. En rentrant le lundi matin, surprise : tous les blobs avaient disparu ! Impossible de les retrouver jusqu’à ce qu’un de ses collègues passe et lui fasse remarquer : « il y a un truc énorme et dégoutant au plafond. » Tous les blobs affamés s’étaient lancés dans l’exploration du plafond et en avaient profité pour fusionner pour ne former qu’un seul gros blob géant !

Pour se déplacer, le blob utilise… ses veines. La cellule est parcourue d’une sorte de système veineux. Le courant change de sens toute les deux minutes (!) comme le blob est asymétrique, ce courant peut porter dans la direction de choix.

Dans le laboratoire d’Audrey, les blobs se nourrissent de flocons d’avoine, ils en raffolent mais ce qu’ils préfèrent c’est les flans aux oeufs (plein de protéine) que la chercheuse leur concocte (jusqu’à 300 par jours !) Face à différents types de flans plus ou moins chargés en sucre ou en protéine, le blob sait choisir exactement celui qui comblera son apport en nutriment. Bien nourri, il double de taille chaque jour et atteindre les 10m2 ! (Une cellule unique de 10m2 !) Autant dire qu’il peut rapidement s’avérer envahissant, d’autant qu’il peut également fusionner avec d’autres blobs compatibles.

Un organisme unicellulaire intelligent

Au fil de ses recherches, Audrey a également montré que le blob était capable de résoudre des problèmes. Placé au centre d’un labyrinthe, il est capable de trouver le chemin le plus court qui le mènera à l’extérieur (où des flocons d’avoine l’attendent).

Toshiaki Nakagaki, un scientifique japonais a remporté un Ig-Nobel (la version bizarre du Prix Nobel) en réalisant une carte 3D du Japon en gel. A l’emplacement des plus grandes villes japonaises, il a placé un flocon d’avoine. Sur Tokyo, il a placé un blob. Le blob a déployé une veine en direction de chacun des flocons d’avoine créant un « réseau » sur la carte. Une étude de celle-ci a prouvé que le blob avait fait des choix plus pertinents que les ingénieurs du réseau ferroviaire japonais ! Depuis, le blob est utilisé pour concevoir des algorithmes, il a même été intégré dans des puces par une entreprise appelée PhyChips.

Le blob possède également d’étonnantes propriétés physiques : il est increvable. On ne peut pas le brûler, le noyer ou l’écraser. Quand on le coupe, il devient deux blobs. La seule chose qu’il craint est la sécheresse mais là encore, il détient une parade : il survit « desséché ». A la première pluie, il se régénérera intégralement : comme neuf ! Autant de propriétés qui intéressent les chercheurs qui travaillent sur le cancer, Parkinson ou les maladies génétiques.

Audrey Dussutour : un livre drôle, passionnant et troublant

Le livre d’Audrey Dussutour est vraiment génial, très drôle (le blob sait se mettre dans des situations cocasses) et intelligent. Outre les péripéties et les prouesses de ses blobs, on en apprend énormément sur sa vie de chercheuse au CNRS, une profession parfois touchée par les a priori. Audrey Dussutour travaille 7 jours 7 (il faut bien nourrir les blobs !) et quand elle part en vacances (une semaine par an) impossibles de les faire garder, elle les amène avec elle. Un dévouement que certains n’ont pas pour leur chien !

Seul bémol, j’aurais souhaité avoir plus de détails, en savoir encore plus ! Une bonne centaine de pages supplémentaires n’aurait pas été de refus 😉

Je vous laisse avec sa vidéo TEDx en espérant que tout cela vous donnera envie de lire le livre 🙂

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