Faut-il tailler les plants de tomates ?

Faut-il tailler les plants de tomates ?

On lit énormément de choses sur la taille des tomates. Des expériences comparatives montrent qu’effectivement, tailler permet un meilleur rendement (ce que personne n’a jamais nié, ce n’est pas pour rien qu’on le fait depuis des centaines d’années…) Et pourtant, en permaculture, on recommande de laisser faire la nature. On se dit que les tomates ne nous ont pas attendus pour… produire des fruits.

Je me suis dit qu’un petit éclaircissement serait peut-être utile. Chacun choisira sa propre méthode ou un hybride des deux.

Dans un potager traditionnel, on sectionne les « gourmands » et on encourage la tige principale (en la tuteurant notamment). Les tomates mûrissent mieux (car elles sont davantage exposées au soleil) et les pieds ont un meilleur rendement (puisqu’ils se concentrent sur les fruits.)

En permaculture, on laisse le plant vivre sa vie en partant du principe qu’il sait ce qu’il fait, et que toutes les plantes se développent mieux quand on n’y touche pas. (C’est le propos du livre « La Révolution d’un seul brin de paille« .) Pourtant, il semble que le rendement soit moins intéressant.

Alors, pourquoi ne pas tailler, si cela fonctionne mieux ?

Parce qu’en permaculture, on n’est pas « court-termiste ». Le principe n’est pas d’acheter de nouveaux plants chaque année et de les jeter à la fin de la saison, pour recommencer l’année suivante. On pense sur plusieurs générations de tomates.

Dans une permaculture « parfaite », on planterait des tomates une première année, et on n’y toucherait jamais plus. En laissant quelques tomates « tomber » et les plants se décomposer pendant l’automne et l’hiver, on trouverait de nouveaux plants au printemps sans avoir besoin de ne rien faire. Le sol se régénérerait grâce à la décomposition des feuilles et s’enrichirait d’année en année, un peu comme le sol d’une forêt qui s’autogère à la perfection. Le patrimoine génétique de la tomate évoluera pour s’adapter parfaitement à VOS conditions : ensoleillement, précipitation… Et le rendement s’améliorera progressivement.

C’est exactement ce qu’a fait Pascal Poot dans son sol rocailleux. Il n’a jamais arrosé/taillé/tuteuré ses plants. La première récolte a été médiocre. La deuxième un peu moins… Jusqu’à obtenir des plants de tomates capables de supporter la sécheresse sans problème (il ne les arrose pas de l’été !). S’il avait arrosé et taillé ses premiers plants, le rendement aurait été meilleur, mais ce n’était pas son objectif.

D’où l’intérêt de ne jamais acheter de graines ou de plants F1. Si vous n’avez pas prévu de récupérer les graines de vos tomates pour les re-semer,  acheter un plant de tomates F1 n’est pas « si » grave. Tout dépend alors de votre niveau d’engagement auprès des semenciers… Je connais de très bons jardiniers (en général, des papis et des mamies) qui ont un potager depuis 30 ou 40 ans et qui ne soucient pas du tout de la provenance de leurs graines. Cela ne les empêche pas de manger d’excellentes tomates.

En revanche, si vous souhaitez récupérer les graines de vos tomates, vous avez tout intérêt à bannir les F1 parce qu’elles sont hybrides, et donnent des résultats aléatoires sur plusieurs générations (elles peuvent « retrouver » des caractéristiques génétiques antérieures) ou sont tout simplement stériles.

« Et toi ? Tu tailles tes plants de tomates ? »

Oui, je me pose des questions à moi-même 😀 – Moi, je suis sur un balcon en ville. Donc la problématique est différente. Ce ne sera jamais possible de faire de la permaculture « pure » à moins d’apprendre à mes tomates à percer le béton. Donc, j’adapte les préceptes de la permaculture à ma situation géographique particulière.

Mes tomates sont dans un bac réalisé sur-mesure (merci papa) qui répond à un cahier des charges aussi « permacultureux » que possible : un gros volume de terre (l’idée étant d’en faire un « vrai bout de forêt »), différents niveaux pour reproduire le buttage, des matériaux « bios »… Plusieurs espèces cohabitent joyeusement dans ce bac : bourraches, tomates, basilic, ciboulette, fraises, thym… Je ne taille pas ni ne tuteure rien. Du coup, les fraisiers tombent et poussent dans les niveaux inférieurs, tandis que les tomates grimpent pour chercher la lumière…

Voici le résultat :

La jungle de la permaculture

Je suis contrainte d’intervenir parfois, d’abord parce que mon balcon est totalement à l’abri de la pluie (sous le balcon du voisin du dessus). Ensuite, parce que je débute et que je n’ai pas tout anticipé. Je n’avais pas envisagé que mes bourraches puissent devenir un buisson et dépasser 1,50 mètre. Si je les laissais faire… Je n’aurai bientôt qu’un bac de bourraches (parce qu’elles re-sèment à la vitesse de la lumière, ces petites !) Depuis que je maîtrise un peu leur progression, c’est paradoxalement les pieds de tomates qui envahissent l’espace… au détriment de la bourrache… Et des pots alentour.

Ainsi, mes tomates commençaient à couvrir mon laurier rose. J’ai donc dû tailler un petit peu pour le préserver… Ça a créé une petite tonnelle, bien jolie.

En dehors de ces situations, je n’interviens pas et laisse les choses se faire et je crois que c’est effectivement une bonne chose pour mon projet. Alors que j’arrosais les fraisiers un soir, j’ai déplacé quelques tiges de tomates pour accéder au fond du bac. Je me suis rendue compte que les différentes tiges s’appuyaient les unes aux autres, et se supportaient mutuellement. En déplacer une déstabilisait l’ensemble qui s’écroulait sous son propre poids… Depuis, je ne touche vraiment plus à rien et même si les plants dépassent largement 1,20 mètre, ils n’ont pas besoin d’être tuteurés.

Alors, faut-il tailler les gourmands de ses tomates ? (On ne pensait pas que cette question toute simple puisse nous emmener si loin.) J’ai envie de dire : ça dépend de votre objectif. (Du moment, que vous n’utilisez pas de Round Up 😉 ) il n’y a pas de mauvaises méthodes, tant que l’on sait où on veut aller.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *