Juicero : la machine à jus qui ne sert à rien

Juicero : la machine à jus qui ne sert à rien

Il y a deux semaines, j’ai bloqué sur une histoire qui m’a semblé complètement dingue. Je me suis dit que j’allais venir vous en parler ici car, elle pourrait vous amuser vous aussi. C’est l’histoire d’une startup de la Silicon Valley fondée en 2013 par Doug Evans, un monsieur qui avant de se lancer dans l’entrepreneuriat et le business était graphic designer. Well. Il fonde donc Juicero, et imagine un tout nouveau produit révolutionnaire et indispensable (ce n’est pas moi  qui le dis) : une machine à faire des jus de fruits.

Du presse-agrume à l’extracteur de jus, ça existait déjà. Rien de nouveau sous le soleil. Moi même je suis équipée d’un extracteur depuis deux ans, qu’on utilise beaucoup et qu’on adore. OK. Doug Evans a identifié un problème majeur sur tous ces appareils : c’est globalement relou à utiliser (faut couper les fruits), ça en fout partout (le jus, ça coule et ça colle) et c’est relou à laver. Y a de la pulpe qui s’infiltre dans tous les recoins, il faut une petite brosse exprès parce que ça ne passe pas au lave-vaisselle… Il a donc décidé de révolutionner la consommation de jus de fruits (qui, si vous l’ignoriez, explose en Amérique du Nord et en Europe.)

Franchement, je ne sais pas vous, mais moi jusque là, je trouve ça pas « si totalement » con. On peut bien sûr s’insurger du fait que « ça va, c’est pas la mort de presser une orange » ou qu’un appareil de ce genre-là, ça encombre les placards et ça fait des déchets/consommations d’énergie et de matières premières supplémentaires… Mais, OK. Soyons cool, laissons-lui le bénéfice du doute. Acceptons l’idée qu’avoir les doigts qui collent après avoir coupé un citron est un problème qui mérite une solution digne de ce nom. 😉

Donc le gars invente Juicero Press. C’est un appareil qui ressemble à un Nabaztag passé sous un 38 tonnes (comment ? vous ne connaissez pas les Nabaztag ?) et qui permet d’obtenir des jus de fruits frais, sans s’en foutre partout et en plus c’est connecté au WiFi.

La machine coûte 800 dollars. On achète des poches de fruits (que l’on voit sur l’image) en supermarchés pour 7 à 8 dollars pièce. On scanne le code-barre sur le sachet avec son smartphone, comme ça, quand le sachet (qui ne peut-être conservé que 8 jours) est sur le point d’être périmé, on reçoit une notification qui nous dit « Bois ton jus ». C’est là que ça commence à se compliquer. 7 dollars le verre de jus de fruits dans une machine à 800 dollars… Il a carrément intérêt à être bon.

Là où le gars devient super balèze, c’est qu’il prend modèle sur Nespresso. Il dépose des brevets sur sa poche de fruits pour ne pas que d’autres puissent la proposer moins chère. Et ENCORE plus fort (mais oui c’est possible) il fait en sorte que le code-barre refuse les poches lorsque la machine les considère comme périmées. (Faut bien protéger le consommateur des éventuels méfaits d’une banane pourrie…)

Et là, vous vous dites. Ce gars est FOU. Et bien pas forcément. Juicero lève 120 millions d’euros auprès de fonds d’investissement a priori et habituellement pas stupides :  Kleiner Perkins Caufield & Byers (qui a financé Amazon) and Alphabet Inc (aka Google). Et ses machines se vendent. Alors, pas des masses mais quand même plusieurs centaines de milliers d’exemplaires.

Mais bon quand même c’est trop cher… Et ça ne s’écoule pas assez vite. Donc ils font baisser le prix de l’appareil à 400 dollars. Malgré cela, bizarrement les ventes ne décollent pas et les investisseurs commencent à grogner. Doug Evans est débarqué, et Jeff Dunn (ex  de chez Coca Cola) arrive pour prendre les choses en main. Il veut que ses poches contiennent des fruits et des légumes cueillis à maturité et pour cela, repenser l’agriculture et l’écosystème qui va avec.

Et là, arrive le sommet de la blague. Le journal américain Bloomberg publie cette vidéo qui s’intitule « Avez-vous besoin d’une machine à jus à 400 dollars » que je vous laisse déguster.

Et voilà.

Ce que fait cette machine à 400 dollars, vous pouvez le faire avec vos petites mains… Là, évidemment, c’est le bad buzz absolu. Donc Jeff Dunn veut rattraper le coup et publie un article sur Medium. Alors là, on frôle la haute voltige. Si vous lisez l’anglais, je vous recommande de passer le texte du gars et d’aller directement voir les commentaires, vous comprendrez l’essentiel de ses propos en vous régalant des blagues. En gros, le type a tout de même le culot d’évoquer l’éradication de l’obésité comme objectif et l’envoi de notification quand la poche est restée coincée dans la machine comme argument commercial… C’est juste magique !

Je me garderai bien de dire que tous ces gens sont stupides et que, j’aurai été apte à identifier la bêtise crasse de cet appareil. Perso, je suis assez cliente des objets connectés et des nouvelles technologies donc je ne généraliserai rien et ne tirerai aucune conclusion. Mais  avouez que cette histoire est assez dingue, non ?  Toutes proportions gardées, l’histoire m’évoque un peu Agricool. Cette startup française qui fait pousser des fraises dans des containers en plein coeur des villes. Je suis avec curiosité leur parcours depuis un moment, car je ne parviens pas à me faire une idée sur leur idée. Pour moi, les fraises c’est un peu comme les tomates cerises, c’est LE fruit facile à cultiver en ville, ça ne demande aucune place, ça se marcotte d’une année sur l’autre… Est-ce qu’on a vraiment besoin d’un container alimenté h24 en électricité et d’hydroponie pour avoir de bonnes fraises en ville ? S’il s’agissait de tomates encore… Est-ce qu’on a vraiment besoin de fraises en hiver quand on a les Gariguettes dès le début du printemps ?

Dites-moi ce que cela vous évoque. Perso, je vais aller me faire un café, ça me changera des fruits… 😉

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