Ursula Le Guin (« TerreMer ») : l’élégance des sorciers

Ursula Le Guin (« TerreMer ») : l’élégance des sorciers

On profite de l’hiver pour lire tranquillement au chaud, sous un plaid en attendant la saison des semis. L’occasion d’un petit billet livresque.

Je n’ai jamais aimé les romans de fantasy

Ni même la fantasy d’une manière générale. Que ce soit Tolkien, les romans « jeunesse » du genre Narnia, Eragon… Non seulement ces livres me tombent des mains mais en plus je n’ai aucune curiosité à découvrir les univers qu’ils abritent. Ni les gnomes, ni les fées, ni les mages ne m’ont jamais fascinée. Les capes, les talismans, les runes m’indiffèrent. Les potions magiques et les passages secrets également. Une partie de moi considère sûrement que faire appel à la magie pour tisser une intrigue est « un peu trop facile » ! 😉 Sans parler de ma phobie envers tout ce qui touche à l’ésotérisme, la magie des pyramides, les tendances new age, l’astrologie…

En revanche, en bonne lectrice de SF (et passionnée de sciences) j’écoute chaque jour « La Méthode Scientifique » sur France Culture. En février 2018, juste après sa mort, une émission entière était consacrée à Ursula Le Guin. Je n’avais jamais entendu parler d’elle, et j’écoutais l’émission d’une oreille distraite jusqu’à ce que les éloges, les anecdotes et le portrait brossé par les invités finissent par attiser ma curiosité. J’avais téléchargé dans la foulée l’extrait gratuit de « La main gauche de la nuit » et.. Les premières lignes ne m’ont pas convaincue et je suis passée à autre chose en me disant que décidément, la fantasy, ça n’était pas pour moi.

Et puis le temps a passé, et je ne sais plus comment, je me suis retrouvée devant l’édition intégrale du cycle « TerreMer ». Un gros bouquin d’environ 700 pages avec une magnifique couverture. Et je m’y suis attaquée pour une raison que j’ignore. Et là… Révélation.

Ursula Le Guin – mon nouvel écrivain préféré – est un auteur de fantasy

(Et de science-fiction, c’est vrai…) En un seul roman, elle a secoué tout ce que je pensais aimer en littérature. Son style est incroyable, d’une simplicité dorique, à mi-chemin entre l’épopée antique et le poème de Verlaine. Il n’y a aucune fioriture, chaque mot est tendu vers son objectif et mis au service de l’intrigue. Cette simplicité est presqu’étourdissante de virtuosité.

Car le monde imaginé par Ursula Le Guin coule de source. Sa magie, ses mystères, ses étrangetés parlent à l’instinct et à la partie la plus ancienne de l’âme. Il n’y a rien d’artificiel ou de forcé, c’est « évidemment » comme ça qu’est le monde. Comment pourrait-il en être autrement ?

Les rares fois où j’ai lu des romans de fantasy (y compris la série des Harry Potter) chaque point semblait nécessiter une infinité d’explications et de justifications. Ce sorcier avait ce pouvoir à cause de ceci, mais ne pouvait pas faire cela car il s’était passé autre chose… jusqu’à ce que j’ai parfois la sensation de lire la notice d’un jeu de société. Les romans d’Ursula Le Guin ont une élégance folle, elle élève des îles et des contrées lointaines aussi simplement que ses magiciens « tissent » des sorts.

Et si la littérature de genre avait raison ?

J’ai fait des études littéraires, et je suis venue à la littérature « de genre » assez tard. Pas forcément par snobisme mais davantage par méconnaissance. Depuis que je me suis sérieusement lancée dans la lecture des classiques de la SF, je réalise à quel point les littéraires de l’imaginaire sont dans la vérité. Parfois bien davantage que la « littérature générale ». Il y a bien plus de vérité sur la nature humaine dans un tome de la série « TerreMer » que dans un roman de Yann Moix (écrivain choisi au hasard…)

Ursula Le Guin avait une manière bien à elle de défendre la littérature de genre, elle dénonçait des auteurs comme Don DeLillo (un de mes auteurs préférés, aussi !) qui « utilisent » les codes des autres littératures, spoliant littéralement les grands thèmes de la SF ou de la fantasy pour les adoucir, et les vendre de leur côté. Cette manière insuportable et sans grande délicatesse de s’approcher et de flaire sans toucher ou vouloir y mettre les doigts est, il est vrai, assez agaçante.

J’ignore si je suis parvenue à vous convaincre qu’Ursula Le Guin devait figurer impérativement dans votre « to-do-list » de 2019, mais je vous assure que vous ne le regretterez pas 🙂

J’en profite, si ces articles vous intéresse, je me suis créé un petit challenge « lecture » visible sur GoodRead. Si vous voulez me suivre : mon profil GoodRead

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