« Semiosis » de Sue Burke : la vie d’un bambou intelligent

« Semiosis » de Sue Burke : la vie d’un bambou intelligent

« Semiosis » est le premier roman de l’américaine Sue Burke âgée de 64 ans (comme quoi, le premier roman n’a pas d’âge). C’est de la bonne SF dans laquelle on plonge avec plaisir et gourmandise. Le roman était présentait comme une version végétale de la nouvelle « L’histoire de ta vie » de Ted Chiang (adapté au cinéma sous le titre « Premier contact ») ; il m’appelait donc de toutes ses forces.

Semiosis : premier contact avec des végétaux

L’histoire commence par l’arrivée sur une planète extra-solaire d’une cinquantaine de colons terriens. Après un voyage de près de 150 ans durant lequel ils ont été cryogénisés, ils ont été conduit grâce à l’IA du vaisseau sur cette nouvelle planète qu’ils baptisent immédiatement Pax. Ces Terriens ont abandonné une planète à feu et à sang pour tenter de créer un nouveau type de civilisation basé sur la Paix et la coopération. L’idée est de ne pas refaire les mêmes bêtises que sur Terre…

Ils ont donc pour seule arme leur constitution le « Commonwealth Pax » et l’équipement qui a survécu à leur arrivée sur Pax. Rapidement, cette toute nouvelle planète se révèle assez étonnante.

D’abord, les espèces animales sont plutôt originales (cette partie du roman est teintée d’un petit côté JR Rowling ou Stephen Baxter (« Evolution »), on sent que l’auteur prend un certain plaisir à laisser aller son imagination et à concevoir de nouvelles espèces). Des cactus flottent dans les airs, des espèces d’autruches sont capables de faire du feu afin de faire cuire leur proie…

Ensuite les plantes ne sont pas exactement les mêmes que sur Terre. La planète étant plus vieilles, les végétaux ont eu le temps d’évoluer… On découvre donc un bambou… plutôt brillant.

Tous les jardiniers qui passent sur mon blog connaissent les différents types de collaboration entre les plantes, les insectes et parfois même certains mamifères. Les fourmis « cultivent » les pucerons, les abeilles se nourrissent des fleurs qui en profitent pour les utiliser comme pollinisateurs… Un monde de collaborations et d’entente.

Et l’espèce humaine dans tout cela ? Eh bien, elle a tendance à se servir et à détruire le reste.

Dans ce roman, l’espèce humaine va devoir vivre une ultime blessure narcissique (comme le théorisait Freud) : s’asseoir sur son ego et sur sa volonté de puissance (coucou Nietzsche) pour redevenir une espèce comme les autres.

Les personnages de plantes (oui-oui, vous avez bien lu) vont forcément vous fasciner si vous êtes sur mon blog. Mieux vous allez sans doute vous enthousiasmer des drôles de trouvailles de Sue Burke. Ce roman est vraiment original et malin.

A partir d’ici, je vais sans doute spoiler un peu l’intrigue. (Perso, je m’en fiche toujours un peu de l’être donc, je me gêne pas pour en faire autant, mais si vous êtes du genre à devenir fou quand cela arrive, vous pouvez arrêter de lire ici.)

Une utopie ? Ça change !

J’écoutais récemment un épisode de la « Méthode scientifique » consacré à l’engagement dans la SF, et l’ensemble des intervenants s’accordaient sur le fait que les dystopies avaient très largement pris le pouvoir dans la SF.

Les utopies se font rares, et pour cause. A l’heure du réchauffement climatique, de la surpopulation, de la surconsommation, du Big Data et des IA… Il est « plus simple » de se projeter dans un futur apocalyptique. Les alternatives paraissent rapidement « niaises » et facilement idiotes… Surtout en France. Les États-Unis ont moins de problème avec cette générosité très « premier degrès »… Et même si le tournant « utopique » du roman m’a désarçonnée (je m’attendais à chaque instant à ce qu’une plante armée du tronçonneuse assassine l’ensemble des colons…) c’est finalement assez rafraîchissant.

Des Hommes et des écosystèmes

Ce qui apparaît dans ce roman, et qui me semble particulièrement juste, c’est à quel point l’espèce humaine peine à trouver sa place au sein d’un écosystème. Ce n’est pas pour rien qu’elle est le prédateur numéro 1. Elle prend, et ne donne jamais.

La première génération de colons préfèrent cotoyer la vigne car, bien que dangereuse, elle n’implique aucune forme de soumission pour la colonie. Pour pouvoir sortir de la survie et s’installer dans une vie plus confortable, les colons doivent accepter de devenir « les animaux » du bambou, et finalement d’être à son service au moins autant que lui l’est.

Bref, ils doivent accepter de perdre leur statut de super-prédateurs dominants pour devenir une partie d’un Tout. Et cela implique des choses que la première génération (encore trop attachée aux valeurs terriennes ?) n’est pas prête, comme « offrir » les corps de ses morts. Puisqu’elles sont une source de fer. Accepter de n’être qu’un moyen et d’être utiliser… Pour pouvoir bénéficier à son tour de la protection et des ressources d’autres espèces. Être plus intelligents que les espèces belliqueuses et accepter de les domestiquer plutôt que de les détruire (même si c’est un travail de longue haleine…)

Voici un roman qui montre ce que l’Homme pourrait être s’il acceptait d’être un être civilisé plutôt que d’être simplement le « Big One » de la chaîne alimentaire. Je vous le recommande vraiment 🙂

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